Haroué : l’État a joué son rôle

La célèbre revue la  Tribune de l’Art n’est pas connue pour son indulgence envers le ministère de la Culture. Elle ne l’est pas davantage pour son hostilité au marché de l’art.

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Si nous revenons, une nouvelle fois, sur cette affaire, c’est que nos deux précédents articles n’étaient pas complets, et qu’ils nous ont permis de découvrir combien les cris à la spoliation poussés par la princesse de Beauvau-Craon sont totalement injustifiés, pour ne pas dire plus.

En effet, nous indiquions précédemment que de nombreux objets du château avaient été acquis par l’État en 2007 (ill. 1) pour éviter leur dispersion, et laissés en dépôt sur place, mesure tout à fait exceptionnelle, voire unique. Nous avons pu obtenir, depuis, une information essentielle : ces objets ont été payés 3,5 millions d’euro !

Grâce à l’aide (encore) de l’État, à celui du Conseil général et du Conseil régional, les travaux sur le château pouvaient être financés à 90%. Certes, aucun accord formel n’avait été signé – c’est sans doute une erreur du ministère qui lui a fait confiance – mais il existait bien, tacite : en échange de cet achat qui ne privait pas le château de ses meubles, la princesse de Beauvau-Craon s’était engagée à consacrer cet argent à la restauration du château. Chaque année ou presque, des travaux ont été proposés par la DRAC. Combien de campagnes de restaurations ont-elles été lancées ? Aucune1. La princesse explique aujourd’hui qu’elle n’a pas les moyens d’entretenir le château et affirme notamment que le Conseil régional s’est retiré du financement des restaurations.

En 2008, explique le Conseil régional, « lors de la dernière attribution de subvention, la convention financière expliquait que [son] engagement [ne se faisait que] sous réserve de l’engagement du propriétaire à l’élaboration d’un projet d’animation et de développement du site, ainsi qu’à la programmation d’une opération d’inventaire pour établir un document scientifique et public répertoriant le patrimoine architectural et mobilier du château ».

Malgré tous nos efforts, nous n’avons eu aucune réponse à nos questions de la part de la châtelaine. L’entendre dire que la vente du 15 juin devait servir à la restauration de son château, l’entendre crier à la spoliation dans la presse a donc quelque chose d’un peu insupportable. Quant à ses protestations de patriotisme, sous prétexte que la vente a lieu par l’intermédiaire d’un commissaire-priseur français, elles sont simplement grotesques. Comme nous l’avions déjà dit, ni l’État, ni les collectivités locales, ni les musées n’ont été informés de la vente aux enchères avant que la demande du certificat d’exportation pour l’épée ne soit faite.

Le mobilier conservé à Haroué comprend la chambre de Mme du Cayla, la salle à manger, le billard, le salon, un cabinet gothique (acquis par l’État), ainsi qu’une pendule de ce même cabinet. Il s’agit d’un ensemble réalisé au début des années 1820, essentiellement par l’ébéniste Bellangé2 qui n’a aucun équivalent. D’origine quasi royale, il a été commandé par Louis XVIII pour sa favorite.

Il reste très peu de choses de l’époque Restauration, à l’exception du mobilier des Tuileries aujourd’hui conservé au Louvre, également par Bellangé.
Non seulement la vente prive Haroué d’un mobilier qu’il conserve depuis le XIXe siècle, mais elle va disperser un ensemble rare et cohérent. Le mobilier de la chambre est en effet vendu en plusieurs lots, et le lit et la psyché restent au château. Or, on trouve dans la vente les sièges venant de la chambre, mais sans le lit et le psyché !

 

SOURCE la tribune de l’art. magazine de référence sur le marché de l’art.

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